Lâcher prise sans forcer (prise 3)

Le détachement n’est ni abandon ni indifférence.

Dans les articles précédents (Lâcher prise sans forcer) et (Lâcher prise sans forcer (prise 2)), j’écrivais sur les souffrances[1] que nous imposons — à soi-même et aux autres — lorsque nous refusons de lâcher prise, ou sur les souffrances que l’autre nous impose en en faisant autant. Combien de conflits humains résultent de cet attachement à l’opinion que nous avons de telle personne ou telle personne. Combien de peine résulte de la relation de dépendance entretenue envers ceux ou celles que nous aimons. Combien de misère nous nous imposons par la rancune que nous cultivons à l’égard de celui ou de celle qui nous a déjà fait mal!

Étant persuadé que l’attachement est une cause majeure dans la plupart des conflits humains, je pense qu’il est essentiel de se regarder bien en face et réaliser combien l’attachement est profondément ancré en soi et peut littéralement prendre le contrôle de sa vie.

Par contre, les efforts que nous faisons pour résister à ce dessert, pour cesser d’être triste en pensant à un proche décédé ou pour cesser de toujours tenir au dernier mot dans une dispute sont, selon moi, bien futiles. On aura peut-être « lâché » la cigarette ou les desserts, mais on continuera de tenir à ses opinions ou à ses vieilles rancunes. Une course à obstacles qui n’a jamais de fin.

Un peu comme pour le pissenlit qui repousse si on n’arrache pas la racine, nous devons aller profondément en nous-mêmes pour découvrir et éliminer la tendance inconsciente que nous avons à l’attachement.

Vipassana est une méthode pratique d’observation de soi. Une méthode pour apprendre à voir les choses telles qu’elles sont en réalité, libres de toute interprétation. On apprend ainsi à reconnaitre les causes de l’attachement et à quoi on refuse réellement de lâcher prise.

Comment Vipassana réussit-elle à accomplir ce « tour de force »?

Tout d’abord, il est important de saisir qu’il n’y a rien à intellectualiser ni à rationaliser. Pas d’information à accumuler ou à mémoriser. Pas de croyance à adopter. La démarche en est une de conscience et de compréhension. Une compréhension profonde, directe et immédiate. Pour pouvoir se connaitre soi-même, il faut prendre conscience de ce qui se passe au plus profond de soi.

C’est en faisant taire « la boite à poux », que je commence à voir comment je m’attache et surtout À QUOI je m’attache. Chaque journée me révèle que je suis beaucoup plus attaché que je ne le croyais.

Dans les articles précédents, j’écrivais que nous observons les sensations physiques sur et dans le corps.

Et alors? Qu’est-ce que le fait d’observer les sensations physiques a à voir avec l’attachement?

En fait, nous n’observons pas juste les sensations physiques, mais bien leur nature changeante. Impermanente. Ça prend du temps pour y arriver, certes, mais, avec l’entrainement, nous finissons par réaliser que toutes les sensations physiques sont en constante transformation. En constant changement.

Petit à petit, nous arrivons à comprendre que les phénomènes qui se manifestent en nous ne sont que temporaires. Autant les pensées et les émotions que les sensations physiques.

Oui, mais qu’est-ce que ça donne?

Bonne question. Ce qui change, véritablement, c’est nous-mêmes. En arrivant à voir les choses sous l’angle du changement, c’est notre façon de voir qui change. Notre manière de comprendre toute chose.

Encore là, sans conceptualiser, sans rationaliser, on finit tout naturellement par se rendre compte que s’attacher à quelque chose qui ne fait que passer est futile. On s’attache à quelque chose qui va tôt ou tard disparaitre.

Mais n’est-ce pas dangereux de se détacher ainsi? Pourquoi voudrais-je me détacher de ceux que j’aime?

Encore là, question importante. Le détachement n’est ni abandon ni indifférence. Ce qui disparait, c’est la DÉPENDANCE. La dépendance envers celui ou celle qu’on aime, par exemple. Sans attachement, l’amour est, selon moi, plus authentique. Plus libérateur. Pour soi, et pour l’autre. Ne considérant plus l’autre comme devant répondre à mes besoins, je le libère.

Il y a une citation que j’aime beaucoup, et qui est généralement attribuée au Bouddha. « Quand vous adorez une fleur, vous l’arrachez, mais quand vous aimez une fleur, vous l’arrosez tous les jours. Celui qui comprend ça comprend la vie. »

J’espère cependant en avoir dit suffisamment pour inciter le lecteur qui souhaite lâcher prise à jeter un coup d’œil à Vipassana. De faire un essai.

Les résultats sont graduels, certes, et il n’y a pas de miracle; mais plus on comprend les mécanismes de l’attachement, plus on est en mesure d’éviter d’y succomber. C’est ça « Lâcher prise sans forcer ».

[1] Il faut comprendre « souffrance » comme un contenu mental qu’on ne veut pas et dont on veut s’éloigner: rancune, tristesse, stress, colère, haine, sentiment d’être seul, etc. Ces émotions peuvent être légères ou très intenses; ça demeure souffrance.

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