Le principe Hygrade

« Plus de gens en mangent parce qu’elles sont plus fraiches;
elles sont plus fraiches parce que plus de gens en mangent. »
(Slogan des saucisses Hygrade)

Depuis quelques années, je participe à l’animation de soirées d’information publiques sur la méditation Vipassana, et les gens y viennent pour en apprendre sur cette technique, mais surtout pour en savoir un peu plus sur le déroulement de la retraite de dix jours. Les questions sont variées et touchent tous les aspects de ce séjour : la nourriture, le sommeil, le silence et, bien entendu, la méditation elle-même.

Je ne pense pas me tromper en disant que beaucoup — même s’ils n’osent pas l’avouer — nourrissent une crainte de conséquences qu’ils imaginent éprouvantes, lorsqu’on entreprend d’explorer le fonctionnement de son esprit. À creuser ainsi pour déterrer de vieilles blessures, est-ce qu’on ne risque pas de les raviver et d’en souffrir encore une fois?

Je me rappelle aussi avoir entretenu ces mêmes inquiétudes au sujet de mes propres casseroles, si soigneusement enfouies au fil des ans. Je ne pouvais me défaire de l’idée que, pour se libérer de ces choses cachées, « il faut que ça fasse mal ». J’avais beau tenter de me rassurer en lisant sur les bienfaits qu’on tire de cette forme de méditation, je ne voulais pas « passer par là ».

Je pense être en bonne compagnie, et c’est pour tenter de rassurer le lecteur inquiet que j’ai pensé ma compréhension de cette technique de méditation, et décrire un peu comment se passe cette dizaine de jours. (En espérant ne pas dire trop de faussetés. ?)

Tout d’abord, il faut se rappeler que le but de Vipassana est la libération de tout ce qui nous rend malheureux, ou déçus que notre vie ne soit pas celle que l’on aurait voulue. Et — selon cette approche — se construire une vie pleinement satisfaisante et heureuse doit obligatoirement passer par la purification de notre propre esprit, c’est-à-dire par l’élimination complète de nos plus profondes négativités, qui travaillent dans l’ombre et qui influencent notre comportement quotidien et notre regard sur le monde.

Mais pour éliminer ces négativités, on doit d’abord les trouver, les faire sortir de leur cachette. Sinon, comment éliminer quelque chose qu’on ne voit pas?

Vipassana est un puissant projecteur, qui permet d’explorer les racoins de notre esprit et mettre en lumière toutes ces impuretés dont nous ne sommes jamais conscients.

Le projecteur est composé de deux facultés que nous nous efforçons de développer lors de cette retraite : la conscience et l’équanimité[1]. C’est cet état de calme, constamment attentif à la réalité, qui permet de pénétrer dans les profondeurs où se terrent nos bibittes, et les forcer à se manifester.

Une fois une négativité mise en lumière, la moitié du travail est faite. C’est alors que le « combat » commence : j’ai à décider quelle route prendre. Faire ce que j’ai toujours fait lorsque se manifeste quelque chose qui me déplait, c’est-à-dire réagir avec émotion — colère, inquiétude, stress ou déprime —, ou bien observer calmement et attentivement ce qui se passe. En d’autres mots, cette attitude qui nous a permis de mettre en lumière ces négativités cachées, nous pouvons maintenant l’utiliser pour les déraciner.

Ce n’est ni de la magie, ni de l’ésotérisme, ni de la pensée positive, ni de l’autosuggestion. Vipassana, c’est reconnaitre sa réalité intérieure pour ce qu’elle est; pas comme on voudrait qu’elle soit. Juste observer sa réalité intérieure. C’est aussi simple que ça.

Lors du séjour, bien sûr, des tempêtes émotionnelles peuvent survenir. (Je suppose que c’est normal. Nous sommes quand même en phase d’apprentissage.) Mais chaque jour qui passe lors de cette première retraite nous fait progresser en stabilité et nous rend plus aptes à affronter ces orages.

Plus je suis calme et attentif, plus je peux éliminer mes bibittes; plus je demeure calme et attentif, moins ça risque de faire mal.

Dit autrement, plus on cultive sa faculté de calme et d’attention, plus on devient calme et attentif (à l’abri de la souffrance).

J’en suis de plus en plus certain : la tranquillité d’esprit n’est pas une chose qui nous est donnée par les circonstances de notre vie ou par notre histoire personnelle, mais plutôt une faculté, un muscle que nous avons le pouvoir développer.

Plus je médite, plus je renforce le muscle. Et plus je renforce le muscle, moins je crains de réveiller un monstre qui dort. C’est drôle à dire, mais c’est comme si je souhaitais qu’il se montre la face, car je sais que j’ai la force qu’il faut pour le combattre.

Ça vaut la peine d’essayer et ce n’est pas dangereux. Le seul vrai danger est pour la colère, l’anxiété, la peur, le stress, la dépression, la haine…

[1] Équanimité: tranquillité d’esprit, équilibre de l’esprit. Capacité à ne pas se laisser affecter par ce qui se manifeste à notre conscience. Calme profond.

unsplash-logoLa photo est une gracieuseté de Jasper Boer

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