Lettre à mon pote

Cher Guy,

Suite à ton commentaire dans Un bon investissement, je croyais pouvoir rédiger assez facilement une réponse adéquate. Et pourtant, en dépit de toutes mes heures de méditation et de toutes mes lectures, c’est exactement le contraire qui s’est produit.

C’est en tentant de savoir pourquoi je frappais continuellement un mur que j’ai compris qu’on ne peut rien dire de valable et d’utile sur ce qu’est la souffrance sans la rattacher à sa cause, à l’élimination de cette cause, et, surtout, sans déboucher sur une démarche pour s’en libérer.

La pratique médicale offre un parallèle intéressant. Comme médecin, tu sais très bien que le diagnostic seul ne servirait à rien. Il doit être accompagné de la cause de la maladie, d’un pronostic et, surtout, du traitement; ces quatre facteurs étant indispensables et interdépendants. De plus, il est de la responsabilité du patient de suivre le traitement prescrit… au complet; sinon, les trois autres facteurs n’auront servi à rien. (Je me souviens que tu me parlais souvent du problème de l’observance, comme obstacle important à la guérison de toute maladie.)

Autre point crucial, je crois maintenant que, contrairement à la pratique médicale, toute connaissance utile qu’on peut acquérir sur la souffrance n’est pas de nature spéculative, mais se trouve là, devant nos yeux, dans l’expérience immédiate, pourvu que l’on soit calme et attentif. D’où la nécessité de la méditation (entendre « observation »).

Pensons à la philosophie qui, depuis près de 3000 ans, étudie et tente de résoudre le problème de la condition humaine par la spéculation. Peut-on dire qu’il y a eu progrès? Qu’il y a moins de souffrance dans le monde?

Comme tu vois, Guy, ton commentaire a tapé dans le mille et m’a fait repenser ma manière d’écrire sur Vipassana. Je le déclare sans ménagement, « discourir » sur la souffrance n’étant d’aucune utilité pratique, je vais désormais m’abstenir 🙂.

Cela dit, je vais revoir mes articles afin de repérer tous les passages où je suis tombé pas dans le piège du bavardage sur la souffrance, et je m’empresserai de corriger en m’en tenant surtout aux bienfaits que j’en retire. Sois assuré que je t’en remercie.

Ce qui m’amène à ton autre point : le prosélytisme. Ça fait quelques fois que tu m’en parles, car tu me soupçonnes de zèle à vouloir « convertir ». Tu me l’as souvent dit : tu n’aimes pas que je me serve du Bouddha pour justifier ce que j’écris. C’est mon Pari de Pascal, et tu as certainement raison. Bien que j’ai toujours pris soin de l’éviter, je suis sans doute, encore là, quelques fois tombé dans le piège. Le piège de l’habitude, c’est sûr.

Déployer autant d’empressement à susciter l’adhésion à mes croyances afin d’amener à faire comme moi serait absolument détestable, j’en conviens.

De plus, prétendre dire aux gens ce qu’ils devraient faire de leur vie, suppose que « Moi, je sais. Eux, non! » Ce qui est encore pire. (Ça va aussi faire partie de mon travail de révision 🙂)

Tout ce que je souhaite avec ce blog, c’est qu’en y partageant — sans attentes — mon expérience avec Vipassana et les bienfaits que j’en retire, une lectrice ou un lecteur y voit une possibilité d’améliorer sa vie, et décide d’y jeter un coup d’œil.

Merci encore, cher Guy, pour ton merveilleux travail de révision de mes maladroites rédactions. Je me mets à l’ouvrage avec encore plus d’ardeur.

Ton pote.

 

unsplash-logoLa photo est une gracieuseté d’Austin Neill

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2 réflexions au sujet de “Lettre à mon pote”

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